ATELIER 4 : MÉDIATION FAMILIALE

Aldo MORRONE

On a trois exposés, cinq personnes et plein de temps pour jaser entre nous, agir et réagir et interagir. J'aimerai initialement demander à chacun des participants de se nommer et nommer le titre de son exposé à tour de rôle et ensuite on commencera.

- Sylvie MORHAIN, psychologue clinicienne à l'A.B.E.S. à Béziers.

"La médiation familiale : limites et points de butées".

- Christine BARTOLOMEI, juge à Lyon, j'ai été longtemps juge aux affaires familiales à Béziers, donc moi je voudrai intervenir sur la difficile conciliation entre la médiation et la justice.

- Martial LARDY, Directeur du S.O.A.E. à Béziers, ou on mène une expérience de médiation familiale, civile et pénale. On va faire une intervention à trois voix, avec Edith DEVET, Jeannine VIALA et moi-même. Et, il n'y a pas de titre à notre intervention.

Cela m'apprendra à ne jamais tout présumer et à trop présumer. Mais, vous savez hier non plus je n'ai pas donné de titre à la mienne. Je laisse donc la place à Madame Sylvie MORHAIN.

SYLVIE MORHAIN
Psychologue clinicienne à l'ABES Béziers

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En préambule à la question des limites et des points de butée auxquels peut se trouver confrontée la médiation familiale, nous allons aborder le contexte dans lequel s'inscrit cette démarche: celui de la séparation, génératrice de remaniements psychiques pour chacun des sujets concernés.

La clinique auprès des familles en situation de rupture nous enseigne que ce moment pousse à l'excès, aux débordements.

La rupture, l'engagement dans une procédure judiciaire font parfois poindre une violence inattendue, contre les autres, contre soi-même. La fonction d'étayage produite par le couple, vient à se dissoudre, comme si ce qui avait été déposé dans le cadre faisait brusquement retour de manière persécutrice occasionnant dépression, angoisse de perte, difficiles à colmater. On assiste à une transformation spectaculaire des sentiments, véritable conversion d'affect du "positif" au "négatif".

La rupture est le temps du tourment, de la plainte, du regret, de l'amertume ou de la rancoeur. Elle est toujours un événement douloureux qui renvoie inéluctablement à la question de la castration, de la perte, de la révélation du manque.

Elle est un temps de dramatisation péjorative de l'existence, un temps de désillusions, de remises en cause ou en doute de tout un système de valeurs, de représentations et de repères qui s'effondre et dans lequel on laisse toujours quelque chose de soi.

Le temps de se séparer constitue un temps de crise, de mutation, de désinvestissement où le travail psychique est tout autant lié à la séparation réelle d'un cadre familier qu'à négocier le clivage qui s'établit entre l'attachement restant à l' objet et les poussées destructrices à son égard.

La séparation fait acte, son expérience transforme le sujet. Elle est à la fois essentielle et douloureuse puisqu'elle débouche sur l'incertitude, la solitude et son risque de détresse absolue. Elle élabore quelque chose de l'ordre de la perte mais elle soutient en même temps une mutation.

La situation de divorce qui constitue une fêlure introduite dans une relation longtemps idéalisée, convoque les sujets d'une même famille à un état de crise. La crise est rupture de cette réalité qui soutient l'existence elle est déchirement du quotidien. Elle manifeste une autre réalité et vient ébranler les positions imaginaires et les repérages symboliques du couple, des enfants.

Le couple devient alors un lieu où peuvent régner des rapports de force avec une mise à l'épreuve pour chacun des partenaires de sa capacité à résister.

Les séparations très conflictuelles voire pathologiques donnent à voir un prolongement de l'état de crise dans son aspect bruyant : cortège de passages à l'acte, insultes, manifestations excessives... ayant pour effet de venir obturer tout travail d'élaboration par le sujet lui-même. Lorsque la méfiance, la perte de confiance et la haine infiltrent la relation, certains liens peuvent devenir de véritables jougs.

Les enfants deviennent le plus souvent la cible principale de la violence familiale. Pris à témoin, à partie, soumis à la manipulation, instrumentalisés, ils sont transformés en objet :

- Contra-dépressif visant à prévenir l'effondrement du parent le plus fragile.

- Punitif, destiné à faire souffrir le parent positionné comme coupable.

- Ou encore objet de protection livré pour assurer sa propre sécurité.

Otage, bouclier ou monnaie d'échange, l'enfant subit dans une grande solitude le conflit parental, en proie à des conflits de loyauté, des sentiments de culpabilité, l'angoisse de l'abandon, la perte de son univers familier.

Quel que soit le caractère conflictuel de la relation du couple, l'enfant est pris dans la problématique intra-psychique et inter-relationnelle de ses parents.

Couple conjugal et couple parental restent imbriqués, c'est la raison pour laquelle une médiation familiale qui resterait attachée au seul couple parental sans se préoccuper du couple conjugal prendrait le risque d'aboutir à un protocole d'accord superficiel et éphémère dans sa durée de vie. Il y a nécessité d'une compréhension en profondeur à la fois des processus inter-personnels et intra-personnels de chacun des partenaires.

LIMITES ET POINTS DE BUTÉE REPÉRÉS À TRAVERS UN CERTAIN NOMBRE DE POINTS.

La représentation imaginaire de la médiation familiale :

Les couples ou les personnes s'adressant à un service de médiation familiale ont parfois une représentation idéalisée ou erronée. D'une part et de manière caricaturale on pourrait dire qu'il y a une attente de recette miracle pour divorcer plus rapidement tout en conservant le maximum d'avantages et en subissant le minimum de pertes. C'est la recherche d'une méthode qui permettrait d'aseptiser la séparation, d'anesthésier la souffrance, de gommer l'état de crise en faisant comme si l'amour filial allait offrir la possibilité immédiate de dépasser les relations conflictuelles du couple.

L'idée de «négociation» peut alors porter à confusion car elle associe le «négoce» d'où la tentation de venir marchander, opérer une transaction voire faire des affaires. Le médiateur est alors perçu comme un technicien à la méthode sûre et infaillible.

D'autre part, dans ce temps où la volonté de séparation s'est déclarée le plus souvent de la part d'un seul conjoint, subsiste pour l'autre partenaire l'espoir secret que la séparation n'aura pas lieu, qu'une modification du cours des choses reste possible. Le médiateur est appréhendé plutôt dans le rôle de conseiller conjugal ou de thérapeute.

C'est cet aspect mythique ou manichéen que dénonce Irène THERY dans son ouvrage «le Démariage» en faisant référence aux conclusions de travaux anglo-saxons qui mettent en garde «contre l'opposition illusoire entre le rêve médiateur et le cauchemar judiciaire».

L'évaluation de la demande :

Elle est essentielle et préside à tout démarrage d'une médiation familiale.Cette question renvoie à la formation du médiateur, ses capacités de repérage et de compréhension des problématiques présentées.Nous pensons qu'il existe un certain nombre de contre- indications :

La médiation familiale ne peut s'adresser à des personnes qui ont une maturité insuffisante pour faire face à leurs difficultés et tenter elles-mêmes de les résoudre.

La médiation familiale a peu de chances d'aboutir lorsque les parents ont un niveau de conflits trop élevé, sont ambivalents au sujet de leur séparation, ou présentent des perturbations psychologiques trop importantes.

La violence conjugale souvent de nature pathologique constitue à mon sens une contre-indication majeure.

Elle ne peut non plus être recommandée dans des situations où des problèmes de santé mentale empêcheraient la personne d'être consciente des décisions à prendre.

La médiation familiale ne peut résoudre toutes les situations de séparation, de divorce, elle est à envisager dans une fonction complémentaire de celles exercées par l'appareil judiciaire et c'est la question que je pose, doit peut-être rester située hors de ce champ.

Le moment propice au démarrage d'un processus de médiation familiale.

Nous écartons la possibilité d'entamer une médiation une fois la procédure engagée. En effet, la procédure en elle-même induit une logique d'affrontement peu compatible avec l'idée d'une médiation, c'est d'autant plus visible dans les demandes de divorce pour faute.

De plus, même si la démarche de médiation se situe dans un temps de parenthèse procédurale, les délais impartis restent parfois trop courts.

L'élaboration d'un protocole d'accords dans l'urgence nous semble un exercice périlleux. L'expérience démontre que les accords non expérimentés et conclus à la hâte restent de surface et leur application relance souvent un peu plus haut la barre du conflit.

Aujourd'hui c'est pourtant dans le seul cadre de la médiation judiciaire que la médiation familiale est vraiment reconnue et subventionnée à travers le décret 96-652 du 22 juillet 1996 relatif à la conciliation et à la médiation judiciaires.

Avant toute entrée dans une procédure, la médiation familiale doit gérer cette contradiction qui est de se trouver au coeur du conflit et en même temps d'avoir à le dépasser avec ce qu'il contient de dimension passionnelle pour se placer du point de vue de l'intérêt des enfants. Elle exige une prise de distance par rapport à une situation dans laquelle l'un et l'autre parent demeurent enfermés, pris au piège de leurs hantises, rancoeurs et rancunes réciproques.

Elle se situe dans un «espace intermédiaire d'expérience», c'est un temps suspendu dans lequel subsistent des points de repère liés à un passé pas encore dépassé avec cette phase de déni de la réalité assenée, imposée, et l'impossibilité de projection sur un devenir pour lesquels les points de repère demeurent incertains.

Permettre aux parents d'être les acteurs des modalités de leur séparation passe par un travail d'intégration psychique de leur rupture, lequel amorce le processus de deuil. Il est par conséquent nécessaire d'accorder un temps suffisant pour que chacun puisse exposer sa propre réalité psychique face à celle de l'autre et se rendre disponible à l'accueil de la souffrance de cet autre.

Le travail de deuil est constitué par le désinvestissement pulsionnel de l'objet perdu et s'élabore au travers d'une intériorisation symbolique. La rupture de la relation ambivalente unissant le sujet à l'objet perdu ne peut s'accomplir que de façon progressive.

C'est à cette condition que pourra se mettre en place ce temps d'ouverture au dialogue, de réflexion et d'analyse des meilleures conditions d'accueil pour le ou les enfants, de la régularité et de la fréquence des liens au parent qui n'aura pas le lieu de résidence principale.Ce travail dépendant de l'instauration d'un climat de confiance et de fiabilité participera à renforcer les mécanismes de défense contre l'angoisse dépressive. On peut considérer qu'il s'agit bien là d'un accompagnement psychologique et psychothérapique.

Une médiation familiale intervenant très en amont ou bien après un état de séparation effectif, c'est à dire loin d'un état de crise nous est apparu comme un des moments les plus favorables à la mise en place d'accords durables. Cette démarche est souvent déclenchée par la prise de conscience des difficultés d'un enfant ou bien des parents vis à vis de cet enfant. Il semble important de rappeler que lorsque les parents parviennent à un accord, un temps d'expérimentation reste souhaitable pour vérifier la faisabilité de leurs décisions avant qu'elles ne soient soumises aux avocats respectifs et qu'elles ne soient entérinées par le Juge aux Affaires familiales.

La neutralité du médiateur

Le terme de neutralité peut comporter quelques ambiguïtés qu'il nous semble important de dissiper.

En effet, la neutralité peut parfois convier à la non intervention du médiateur dans la prise de décision du couple parental alors qu'il apparaît opportun de pouvoir les informer de ce que leurs choix n'apparaissent pas conformes au droit, comportent des risques ou peuvent mettre en difficulté l'équilibre psychologique des enfants.

Certains auteurs pour cette raison ont préféré le terme d'impartialité à celui de neutralité.

Le coût d'une médiation familiale

Le comité national des services de médiation familiale a évalué en 1996 le coût d'une séance, toutes charges comprises, en incluant le loyer, les frais de secrétariat, les frais d'électricité, etc. entre 800 et 1200 francs. L'octroi par les associations de différentes possibilités de subvention ne suffit généralement pas à couvrir l'ensemble des frais. Une participation financière des usagers reste nécessaire et peut contribuer à rétrécir considérablement le champ de la demande.

Le statut du médiateur

La profession de médiateur sanctionnée par un diplôme n'existe pas. Il n'y a que des personnes exerçant une pratique de médiation, professionnels salariés ou bénévoles, d'où le flou et la confusion autour de l'identification du médiateur qui constitue parfois une gêne pour assurer la crédibilité et le développement de la médiation familiale.

La formation reste dispensée de façon hétérogène à la fois au niveau de la durée, du contenu et des pré-requis exigés.Assurée au sein de l'université ou au sein de centres de formation, elle peut aussi bien s'effectuer sur plusieurs années que par une sensibilisation de quelques jours.

Pierre DURIEZ sociologue, résumait cette situation dans un état des lieux sur les médiations en France paru en 1994 :

«La médiation est un monde éclaté, fragmenté, segmenté, divisé, il se développe selon des logiques idéologiques, ou institutionnelles, souvent concurrentes, quelques fois contradictoires.»

Pierre DURIEZ a démarré au début de l'année 1997 à la demande de l'Institut National de la Jeunesse et de l'Education Populaire une étude de faisabilité et mise en place de programmes de formation aux fonctions de médiation.

Le Comité National des Services de Médiation Familiale souhaite pour sa part que les deux ministères Affaires sociales et Justice, réfléchissent avec lui au contenu des formations et au processus d'agrément des centres de formation.

La problématique posée aujourd'hui est peut être celle de la nécessité d'une «professionnalisation» de la pratique du médiateur familial.

En conclusion, nous pensons que l'enjeu majeur de la médiation familiale réside dans son aspect de prévention au niveau des enfants, et qu'elle mérite pour cette raison d'être développée.

Il semblerait souhaitable qu'à l'instar des pays nordiques, une notion de service public de la médiation se fasse jour, si ce n'est en rendant obligatoire la médiation avant toute procédure du moins comme le prévoit la législation anglaise par une information systématique.

La professionnalisation du médiateur apparaît comme un axe essentiel pour promouvoir cette pratique, susciter la confiance du public, et celle du corps judiciaire.

Aldo MORRONE

- Merci Madame MORHAIN. Avant de passer à la suite, quelqu'un aurait-il une question ? C'est un atelier, alors on peut se payer le luxe d'une légère flexibilité.

Je vous en prie, il va falloir parler fort.

Un auditeur

Bonjour à tous.

Je représente un comité parental de réflexions sur Montpellier, et nous regroupons un certain nombre de parents et ensemble, nous essayons de réfléchir sur ce problème de médiation.

Vous parliez de médiation à la fin et vous dites très justement "qu'on devrait se tourner vers une institutionnalisation de médiateur" mais moi, je me pose la question : comment enlever toute cette rigidité qu'il y a dans ces institutions et ne pas la répercuter sur ces médiateurs futurs que seront ces gens-là, et j'ai peur qu'ils restent dans une certaine rigidité, un manque d'ouverture, comme ce qui se passe aujourd'hui avec la Magistrature et tous les Services.

Sylvie MORHAIN

Vous avez peur de quoi ?

L'auditeur

On va les installer dans un cadre et donc ils auront du mal à être créatifs, imaginatifs, parce que cela demande aujourd'hui beaucoup d'imagination, de créativité puisque la médiation vient d'abord au départ des associations, reprise plus tard par les institutions, et finalement les institutions l'utilisent très mal aujourd'hui.

Elles découvrent, mais elles ne savent pas ce que c'est en fait, elles en parlent, tout le monde en parle, mais elles ne savent pas ce que c'est.

Sylvie MORHAIN

Peut-être avez-vous envie de nous parler de votre expérience?

L'auditeur

Je préfère parler de l'expérience de tous les parents finalement.

Sylvie MORHAIN

Je crois que l'on est là pour échanger et si vous pouviez nous parler en quelques mots de comment vous travaillez, cela peut être aussi intéressant.

L'auditeur

Comment on travaille ?

C'est à dire que l'on se réunit hebdomadairement, ensemble, parents, et on essaye de réfléchir sur les problèmes que l'on rencontre face à la justice et donc on s'aperçoit qu'il y a un manque de compréhension totale, un manque de communication.

Le courant ne passe pas, on n'est pas écouté, tout simplement parce que les juges sont enfermés dans un cadre, dans un tunnel et ils ont peur d'en sortir, alors que nous, on a de l'imagination, on a de la créativité et on voudrait essayer d'en sortir de ce tunnel et on n'a pas de mal nous, à en sortir.

On a des idées, mais le problème c'est que les idées passent mal et si par bonheur elles passent, elles sont immédiatement renfermées.

Sylvie MORHAIN

C'est intéressant ce que vous dites.

Est-ce que vous avez des exemples concrets, par rapport aux idées que vous proposez, et qui se heurtent à un refus, soit du pouvoir judiciaire,...

L'auditeur

Des exemples concrets, et bien c'est simple. On parle beaucoup de médiation et c'est marrant parce qu'il y a beaucoup de parents qui se plaignent qu'on ne leur a jamais parlé de médiation.

Sylvie MORHAIN

C'est vrai.

L'auditeur

C'est marrant, ils découvrent après coup, après le divorce, après les problèmes, après les conflits par hasard : "tiens, la médiation ça existe!". Donc, ce n'est pas normal.

Sylvie MORHAIN

Tout à fait, moi aussi je m'en suis rendue compte : il y a une très mauvaise information.

L'auditeur

Et puis c'est à dire que nous sommes confrontés à deux systèmes. A un système institutionnel, où finalement il y a certains juges qui ont une certaine ouverture parmi les plus jeunes je pense, et puis d'autre part, la vieille école où les juges sont enfermés dans leur système qui date depuis la dernière guerre et puis qui ne veulent pas en sortir. Alors, comment fait-on là ?

Aldo MORRONE

Merci.

Je vois que le débat commence.

Madame Sylvie MORHAIN parmi les choses qu'elle a exposées, je crois qu'elle vous a intrigué avec la possibilité ou l'avantage de professionnaliser qui pourrait vouloir dire, et je le comprends chez vous, "régimenter" et couper les ailes de cet oiseau.

Ce n'est sûrement pas cela que vous vouliez proposer, au contraire.

Sylvie MORHAIN

Non. Je pense qu'il existe aujourd'hui beaucoup de manières de pratiquer la médiation et que c'est un peu source de confusion auprès du public.

Je crois pour en avoir parlé avec des magistrats, que beaucoup de gens n'ont pas confiance parce qu'ils disent "bon, mais on va voir qui ?".

Il y a une mauvaise information.

Il semblerait peut-être qu'il y ait une certaine rivalité et que c'est tout à fait malencontreux que s'organise une sorte de rivalité entre les avocats d'une part, entre les associations de parents, entre les associations qui pratiquent une activité de médiation.

Et, je trouve que l'on parle tous de la médiation, on pratique la médiation et finalement on n'est pas capables entre nous de pouvoir effectivement débattre de ces questions. Je ne pense pas qu'on pratique la médiation de la même manière, selon que l'on parle d'une place de parent ou de professionnel.

Il y a des aspects très techniques, il y a des aspects beaucoup plus thérapeutiques comme j'ai pu l'aborder.

Je crois que cela serait déjà important que l'on puisse échanger sur nos représentations. Bien sûr après, on va pratiquer avec des compétences différentes, on va se mettre dans la médiation d'une manière différente.

Je lisais un tout petit bouquin, je ne sais pas si vous l'avez lu sur la médiation familiale, qui est une présentation très synthétique sur ce qu'est la médiation familiale, et on découvre qu'effectivement en France - je pense que tout n'est pas recensé - il y a trois codes de déontologies.

Chaque école y va de son code de déontologie, y va de sa représentation, y va de sa pratique. La question que je pose est : est-ce que cela ne dessert pas la médiation familiale ?

Aldo MORRONE

Vous aurez tout à l'heure l'opportunité, il y a plusieurs mains levées, je ne veux vraiment pas avoir le gros débat qui sera après la pause, parce qu'il y a déjà quatre mains levées.

Je passe la parole à notre "trio infernal", Monsieur Martial LARDY, Madame Edith DEVET, et Jeannine VIALA.

MARTIAL LARDY
Directeur SOAE Béziers

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Finalement il n'y a pas de titre à notre intervention parce que ce qui nous semblait important en premier lieu, c'est de préciser d'où l'on parle, parce que la place de laquelle on intervient conditionne en grande partie le sens que l'on donne à notre intervention.

Alors c'est vrai, j'ai entendu hier soir que la médiation devait avant tout provoquer le changement. Moi, je dirais que c'est provoquer le changement dans un entre-deux, dans des écarts.

La particularité de la médiation familiale, c'est de travailler sur cet entre-deux mais au coeur d'un conflit qui a des ramifications parfois importantes qui pourraient ressembler, pour reprendre le titre du livre de Jacques FAGER à "un risome".

Un risome étant un système de racines souterraines qui se propage à grande vitesse et que l'on ne maîtrise pas.

Je voudrais d'abord vous parler de l'origine, peut-être pour présenter le cadre.

Je suis directeur d'un service de milieux ouverts, au sein d'une association qui s'appelle l'A.D.A.G.E.S., et je voudrais vous expliquer rapidement comment on a abouti à pratiquer de la médiation familiale depuis un an.

Cela part de l'AMO, cela parle du milieu ouvert, avec le constat que nous sont présentés à un moment donné des enfants en graves difficultés, en situation de dangers repérés, repérables et repérés par le juge pour enfants, qui le conduit à prendre une décision d'accompagnement, une mesure de protection.

Il nous est apparu dans un certain nombre de cas, cette mesure de protection ou plus exactement la situation de danger de cet enfant, aurait peut-être pu éviter, être évitée, si on avait pris à la base, les motifs, les raisons qui ont conduit cet enfant à cette situation de danger, et notamment un conflit conjugal majeur, qui n'a pas pu être traité, qui n'a pas pu être organisé, qui n'a pas pu être parlé.

A partir de là, la médiation familiale pour nous, vis-à-vis des intérêts de l'enfant, est une mesure de prévention.

Si j'insiste là dessus, c'est qu'il s'agit de tout ce qui conditionne la manière et le pourquoi de notre intervention.

Ce que je veux dire, c'est que par rapport à ce qui vient d'être dit, c'est vrai que la médiation s'origine de diverses sources. Pour nous, l'origine c'est bien l'intérêt majeur de l'enfant.

Alors pour continuer dans les origines, je crois qu'il y a un élément qui entre en jeu, qui est important, qui concerne la formation des travailleurs sociaux à la médiation familiale, à savoir que le travail social en règle générale s'inscrit pour une large part dans des actions de médiations.

Il est bien évident, pour reprendre ce que je disais au départ, c'est bien sur l'entre-deux et c'est bien sûr les écarts que le travail social intervient. Ce constat a entraîné un certain nombre de travailleurs sociaux de notre structure et d'autres, à organiser leur formation, à aller plus loin dans leur formation en la spécifiant sur la médiation et en particulier sur la médiation familiale.

Jeaninne VIALA et Edith DEVET qui sont donc à mes côtés, mais pas seulement elles, mais elles entre autres ont fait une formation à la médiation familiale dont je dirai qu'au-delà des répercussions qu'elle peut avoir sur le travail proprement dit auprès des familles, aurait pu avoir en tout état de cause un intérêt dans leurs pratiques quotidiennes de travailleurs sociaux indépendamment d'une pratique de médiation familiale.

Le troisième élément qui préside à notre intervention, c'est que notre service à des liens historiques, on va dire avec le monde judiciaire. Il fait parti des services sociaux qui se sont immiscés dans le fonctionnement judiciaire.

Je pense que le travail social a eu un rôle très important ces quinze dernières années, on va dire dix, quinze dernières années, dans des modifications profondes d'approche des problèmes de la part du monde judiciaire. Il est clair que l'immixtion des travailleurs sociaux à tous les niveaux, en commençant par les mineurs, mais cela c'est propagé avec les majeurs, alors on parlera effectivement du travail éducatif, en milieu ouvert, en internat, etc.

On parlera de toutes les mesures pré-sententielles, on parlera de toutes les mesures post-sententielles, on parlera du contrôle judiciaire socio-éducatif etc.

On constatera que le travail social a modifié fondamentalement, à mon avis, l'approche du monde judiciaire des problèmes qui lui étaient soumis.

A l'inverse, je pense que cette immixtion dans le monde judiciaire du travail social lui a permis de modifier aussi le fonctionnement du travail social. C'est à dire que je pense que cela lui a donné une certaine vigueur et que cela l'a obligé à mieux préciser le sens de son intervention en règle générale.

Alors, je ne m'étendrai pas plus là-dessus parce que je crois que ce n'est peut-être pas le thème qui nous est cher aujourd'hui, mais le travail social me semble avoir donné un visage humain à la justice.

Il y a encore du travail, et à l'inverse, je pense que le monde judiciaire a donné une rigueur au travail social qui lui était incontestablement nécessaire.

Le monde judiciaire a aussi donné du poids à l'intervention sociale, et je pense que cet aspect dialectique de ces deux champs sur lesquels on pourrait aller plus loin, parce qu'on pourrait discuter sur l'origine sociale des personnels de chacune de ces instances, sur leurs pratiques etc. Mais, je pense qu'il y a des effets interactifs, il y a une dialectique qui s'est établie qui à mon avis est tout à fait intéressante dans les mouvances que l'on observe actuellement.

Il n'y a aussi un grand danger à cela : il s'agit de la confusion des rôles. On reviendra sur cette confusion qui est un des éléments importants me semble-t'il, à repérer dans nos pratiques de médiations.

Mais, il est clair qu'avoir des effets d'influence les uns sur les autres ne signifie pas que l'on ne doit pas conserver sa place.

Il est absolument nécessaire que chacun ait son éthique, que chacun ait sa déontologie d'intervention, que chacun conserve le sens de son intervention, que chacun conserve ces pratiques, et conserve ce qui fait la nécessité de son intervention, donc fait sa place.

Alors qu'est-ce qu'on a monté à partir de l'A.D.A.G.E.S. à Béziers ?

Nous avons monté un service de médiation familiale au civil et au pénal.

Il me semble que vous avez abordé hier le cadre juridique de ces deux interventions, donc on va aller assez vite.

Les personnes concernées :

Je crois que cela est clair, cela s'adresse à des parents, c'est à dire qu'il y a des enfants parce qu'après tout la médiation familiale pourrait se mettre en place avec des familles qui n'ont pas d'enfants.

En loccurence, il s'agit bien comme je le disais tout à l'heure, de traiter avant tout l'intérêt de l'enfant donc pour nous cela s'adresse avant tout à des familles qui ont des enfants et à des familles qui sont en situation conflictuelle majeure.

Le cadre juridique :

On intervient soit au civil, soit au pénal.

Il y a des différences profondes entre les deux.

Dès lors qu'on intervient au civil, on intervient je dirai à l'origine de la saisine du judiciaire, ce qui est un élément qui est assez important parce que dans le cadre du pénal on intervient au centre même du conflit.

* Au civil, les tribunaux ne sont pas saisis en raison du conflit, ils sont saisis pour négocier une séparation, pour aider à négocier une séparation.

Alors il se peut qu'à l'intérieur il y ait un conflit majeur, mais ce n'est pas l'objet fondamental de la saisine.

* Au pénal, l'objet fondamental de la saisine c'est bien le conflit, en général c'est un conflit récurant.

On reviendra sur tout cela notamment dans les débats, donc je préfère ne pas aller au plus profond des choses.

Nous avons deux interlocuteurs dans un cas, c'est le juge des affaires familiales, dans l'autre cas, c'est le Procureur de la République.

Le juge des affaires familiales nous saisit dans le cadre de la procédure de divorce - nous reviendrons sur les difficultés que cela représente surtout en terme de "moment de la saisine" -, et puis sur d'autres aspects de la question et puis nous intervenons suite à la saisine du Procureur de la République, qui intervient dans le cadre d'une alternative aux poursuites, puisqu'il s'agit d'une plainte d'un des deux parents à l'égard de l'autre concernant un droit de visite, un problème de non paiement de pension alimentaire. Plutôt que de traduire le couple devant un tribunal correctionnel, il met en suspend les poursuites en nous demandant d'engager une médiation.

Nous avons fixé un certain nombre de points, qui nous semble être sur ce que j'appelle des "incontournables" dans le cadre de ce projet.

Tout d'abord le premier incontournable c'est que les intervenants me semblent ne pouvoir être que des travailleurs sociaux rompus à la pratique de l'accompagnement.

Ce que je veux dire c'est que le risome dont je parlais tout à l'heure est tellement diffus, confus, difficile, que la pratique de la médiation ne peut appartenir qu'à des gens qui ont une capacité de recul sur les événements et de réflexion, de recul très importante et qui à mon avis n'appartient qu'à des professionnels.

Je veux dire par-là que c'est une des différenciation fondamentale me semble t-il entre des personnes de bonne volonté et des gens qui sont formés, c'est cette capacité à prendre du recul sur les choses, cette capacité à ne pas s'engager personnellement dans ce qui se passe et cette capacité à pouvoir redébattre après ce qui s'est passé.

Je crois que cela ne s'invente pas, cela s'apprend. Cela s'apprend par une formation professionnelle et par une pratique.

Les incontournables du projet, c'est que les magistrats restent à leur place, qu'il s'agisse du siège ou du parquet, et je m'inscris un tout petit peu en faux par rapport à un certain nombre de choses que j'ai entendu notamment hier soir.

Je crois qu'en tout état de cause, le monde judiciaire est bien là pour trancher, qu'il mette en place un certain nombre de systèmes qui permettent, qui tendent peut-être à ce qu'on évite d'aller jusqu'à cette situation où il est obligatoire de trancher ne me semble pas contradictoire, mais le monde judiciaire est bien là pour trancher et un juge qui ne tranche pas n'est plus un juge, et pose beaucoup de problèmes aux travailleurs sociaux parce qu'il ne tient plus sa place et que les travailleurs sociaux dès lors, ont bien du mal à tenir la leur.

Je pense aussi que le monde judiciaire est là pour contrôler, pas seulement contrôler que la pratique s'inscrit bien dans des normes légales, dans des normes juridiques. Je pense que c'est un rôle fondamental de la justice en France, de vérifier que ce qui se fait avec une partie ne se fasse pas sur le dos de l'autre partie.

Or, on connaît tous je pense des accords qui se sont faits ou qui auraient pu se faire sur le dos d'une des parties sans que personne ne sans rende compte. Avec peut-être beaucoup de bonne volonté, et bien je pense que l'appareil judiciaire est bien là pour contrôler et pour vérifier que l'équité est bien ménagée.

Troisième incontournable, c'est à propos de parties, je crois qu'il est bien clair que les parties appartiennent à ce projet. Cela veut dire en clair que c'est bien dans le dialogue entre elles, dans le rétablissement d'un dialogue entre elles, que va s'opérer le changement, et que donc les choses ne peuvent pas se faire sur leur dos. Il est bien clair que leur place est centrale dans le dispositif. Alors cela paraît défoncer une porte ouverte mais je pense que cela mérite tout de même d'être rappelé.

Quatrième incontournable, c'est les enfants, ils ne sont pas au centre du conflit, ils sont objets du conflit souvent. Quand je dis qu'ils ne sont pas au centre du conflit cela veut dire que sauf cas particuliers, parce qu'il faut se méfier de ne pas être complètement rigide, les enfants ne font pas partie de la médiation, mais par contre, ils en font partie quand même. Alors, c'est contradictoire ce que je dis là. Cela veut dire qu'ils sont bien présents dans l'esprit des débats, en revanche, ils ne sont pas partie prenante dans la médiation. Ce n'est pas leurs affaires et pourtant c'est bien en pensant à eux que nous en tout cas, nous intervenons et c'est bien en pensant à eux et à leur avenir que nous avons voulu monter ce projet de médiation familiale.

Un, deux, trois, quatre, cinquième incontournable, les avocats.

Les avocats, cela s'appelle des conseils. Cela s'appelle des conseils et on a bien souvent tendance à l'oublier, et je reprends ce que disait Madame hier : "ce sont avant tout des conseils", et il est clair que dans la médiation familiale les avocats sont bien là pour vérifier que l'on prenne bien en compte l'intérêt de leurs clients. Mais prendre en compte l'intérêt de leurs clients, cela ne veut pas dire que l'on s'inscrit forcément d'un conflit, c'est une déviance. Je crois que l'on peut très bien être conseil, que l'on peut être vigilant, qu'un avocat peut être vigilant à l'égard de l'intérêt de son client sans alimenter le conflit. Et, je crois que par rapport à d'autres expériences que j'ai pu avoir sur une pratique de plusieurs années de médiation pénale à Bordeaux notamment, en collaboration avec le Barreau, on voit très bien que l'intérêt aussi des avocats peut être préservé dans la pratique de la médiation.

Aldo MORRONE

Je veux dire un mot à Madame DEVET, Madame VIALA. J'espère que vous avez les qualités chrétiennes du pardon et de la compréhension parce que Monsieur LARDY en aura besoin de votre part, et vous lui pardonnerez d'avoir prit les vingt minutes qu'on avait convenu pour vous trois. Lundi matin il va y avoir des problèmes au travail chez vous.

Martial LARDY

Je ne suis pas allé assez vite, c'est ça ?

Aldo MORRONE

Non, je veux simplement dire que si vous pouvez, Madame DEVET, Madame VIALA prendre ensemble cinq minutes, cela nous laissera ensuite quinze minutes pour compléter avec Madame BARTOLOMEI et après vous aurez le temps de compléter. Merci.

Madame DEVET ou Madame VIALA

Bon, je pense que l'exposé de Madame MORHAIN et l'exposé de Monsieur LARDY ont défini un petit peu les bases sur lesquelles on intervient et nous, on voudrait vous parler de notre pratique, c'est à dire du concret, comment on fait à partir de tous les ingrédients qu'ils ont nommé.

Alors, nous avons choisi d'intervenir en co-médiation, cela veut dire que nous intervenons à deux, que nous pratiquons donc les entretiens avec la famille à deux.

Pourquoi nous deux ? Parce que nous nous connaissons bien, nous avons le même itinéraire je peux dire professionnel et de formation. Nous avons une reconnaissance commune et aussi une confiance. Cela établit pourquoi nous travaillons en co-médiation, c'est parce qu'il nous a semblé important que face au problème que pose la communication dans l'entretien avec les parents, cela aurait été plus difficile pour une seule personne. Donc, ce choix a pour objectif de créer des relations vivantes, de créer une dynamique dans cet entretien où nous sommes deux médiateurs et la famille.

Il y a dans d'autres entretiens une densité émotionnelle importante que nous essayons de maîtriser.

Et puis, ce que nous voulons éviter aussi, c'est par un contrôle que je vous expliquerai, qui se fait au cours de la co-médiation, c'est un renforcement des rapports de force.

Par ailleurs, la présence de deux médiateurs induit cet équilibre que je vous ai énoncé, mais induit aussi que nous sommes comme je vous l'ai dit différentes, nous sommes différentes parce qu'on montre aussi nos réponses. Nos réponses sont personnelles, par contre ce que je peux dire, c'est que si chacune répond à sa manière, nous avons un sens commun et ça la famille le perçoit très bien. Ce sens commun évite peut-être aussi que la famille ne tente de dissocier les médiateurs, mais aussi notre fonctionnement. La famille peut le reconnaître peut-être dans une forme de miroir. J'aurai plein de choses à vous dire, mais enfin ce comment nous fonctionnons, le partage des responsabilités, la répartition des rôles dans l'entretien, une diversité du processus d'alliance, de position et d'identification pour la famille et pour le médiateur, cela nous permet, cela est très important d'éviter d'être absorbé, phagocyté par le jeu familial. Je crois que là-dessus on reviendra si vous voulez au cours de l'entretien et je laisse la parole à ma collègue.

Madame DEVET

Oui, je vous remercie Madame MORHAIN parce que c'est vrai qu'elle a très bien conceptualisé les problèmes et questions qui se posent à la médiation donc on a besoin de moins de temps certainement que ce qu'on avait prévu. Je voulais simplement dire que dans l'expérience que l'on menait on avait surtout sollicité dans le cadre de médiation pénale donc on se trouve face la plupart du temps à des non représentations d'enfants et je crois que cela nous permet de travailler un axe particulier de la médiation, mais qui est un axe de la médiation familiale pardon, mais qui est un axe central et peut-être exacerbé, qui est cette difficulté de la séparation, de l'éclatement du couple, qui à un moment donné a vécu dans un couple conjugal et un couple parental intrigué et qu'à un moment donné il faut arriver à traiter des choses qui sont du reste du conjugal pour arriver à faire émerger un renforcement du parental qui existait avant une reconnaissance de ce parental en sachant que l'on travaille sur un paradoxe qui est de faire perdurer un couple puisque l'enfant fait lien, puisque le couple parental doit préexister, continuer à vivre malgré ou au-delà du couple conjugal. Donc, je reviens à ce qui a été dit tout à l'heure, c'est à dire que même et surtout dans le cas de non-représentation d'enfants, la première chose à poser c'est que deux personnes arrivent à nouveau à se rencontrer, deux personnes arrivent à nouveau à se poser en couple, puissent venir poser le couple conjugal, ce qui est de l'ordre du conjugal, pour arriver à ce qu'on parle de l'enfant et de sa place entre les deux.

Aldo MORRONE

Je passe la parole à Madame BARTOLOMEI.

Madame BARTOLOMEI

Je voulais vous parler de comment concilier médiation et justice et judiciaire, ce qui a déjà été un petit peu abordé par les précédents intervenants.

Je voudrai d'abord m'interroger sur la philosophie qui sous-tend la médiation, parce qu'en fait on peut croire que la médiation est un terme sur lequel tout le monde peut se retrouver, et relativement neutre, et en dehors de concept idéologique ou politique, et loin de tout ça, et en fait on s'aperçoit qu'il y a des philosophies très différentes suivant les pays. Alors dans certains pays, la médiation est un véritable service public et donc doit être d'ailleurs au même titre que la justice, et doit compléter un service qui est rendu au citoyen et à toutes les catégories de citoyens y compris les plus défavorisés. C'est donc un véritable accès à un service.

En France ce qui sous-tend un petit peu la médiation et notamment les auteurs de la loi et du décret qui ont été promulgués l'année dernière, c'est quand même une philosophie entièrement libérale.

Je voudrai vous lire quand même les propos qui ont été tenus par Monsieur MATAGRIN, qui a été un des auteurs du projet de décret à la Chancellerie, qui est intervenu récemment dans un colloque du 31 janvier 1997 qui été organisé par le Comité National des Services de Médiation familiales. Il parle bien sûr de l'allocution du Président de la République du 20 janvier 1997 en disant, le Président de la République l'a affirmé de manière particulièrement forte dans son intervention, je voudrai disait Monsieur CHIRAC, "que l'on recherche comment prévenir les procès ou traiter autrement les conflits par exemple en recourant plus souvent à la réconciliation ou à la médiation". Autant de voies il en est d'autres, que nous devons explorer. Ensuite, on a dans l'allocution du Président, c'était relié au fait que la justice fonctionne mal, la justice est asphyxiée, donc il faut créer d'après ces auteurs des circuits de dérivation et puis il y a aussi l'idée dans l'idée dans l'exposé de Monsieur MATAGRIN d'une philosophie libérale : "on ne doit pas rester" dit-il "dans une logique de l'état providence". Il ne faut pas sans arrêt s'en remettre à la puissance publique, il faut donc encourager le volontarisme. Si on croit à la personne humaine, à la liberté, à la responsabilité, on considérera que l'idéal c'est que les personnes assument elles-mêmes la maîtrise de leurs conflits, se prennent en charge elles-mêmes, et dit-il son premier principe de la médiation c'est une philosophie libérale donc il ne faut pas l'institutionnaliser, professionnaliser ni fonctionnariser la médiation. Il faut conserver sa spécificité à la médiation etc. Alors, pourquoi les magistrats sont, mêmes les plus ouverts, relativement réticents pour se tourner vers la médiation, c'est justement parce que l'on a peur actuellement qu'elle soit instrumentalisée contre la justice, c'est à dire qu'on part du postulat qui est d'ailleurs pas tout à fait juste que la justice est asphyxiée, ce qui n'est pas vrai partout, ce n'est pas vrai dans tous les contentieux et cela devient maintenant "la tarte à la crème" de dire que le justice s'est asphyxiée, or, qu'est-ce que nous constatons, nous, au niveau des tribunaux, c'est que les contentieux sont en baisse au contraire, les contentieux civils sont en baisse, même le contentieux des affaires familiales commence à baisser légèrement. Il y a les cours d'appel qui sont complètement encombrées parce qu'elles ont des années de retard et elles sont en train de recevoir tout le contre coup de l'augmentation des contentieux ces dernières années.

Donc la médiation en fait a été présentée un petit peu par ces auteurs comme un véritable circuit de dérivation. Finalement les juges n'ont pas les moyens, plutôt que d'augmenter le nombre de magistrats, on va créer ces circuits qui permettront de décharger la justice et avant d'en venir à la médiation familiale je voudrai vous donner un exemple qui est quand même très significatif à Lyon où des maisons de justice ont été mises en place par le Parquet du Tribunal de Lyon. Ces maisons de justice qui font de la médiation pénale traitent 4 400 affaires par an alors que les juges correctionnels rendent 8 400 jugements correctionnels. Donc vous voyez à Lyon, c'est une véritable justice au deuxième degré disons, certains disent "justice au rabais", moi je ne suis pas tout à fait de cet avis parce que je pense qu'il y a des choses très intéressantes qui se passent dans ces maisons de justice. Mais on voit très nettement que du jour où ces circuits de dérivation ont été crées, les jugements correctionnels sont passés de 12 000 à 8000, donc vous voyez, on a vu très nettement à Lyon apparaître une deuxième justice, et tout le problème est de savoir si cette justice qui est traitée dans les maisons de justice présente toutes les garanties du contradictoire, le rôle de la défense au même titre qu'un Tribunal.

Pour en revenir à la médiation familiale, je vais l'aborder en deux points : est-ce que la médiation doit s'opposer à la justice ? C'est à dire ou si c'est une médiation, ou si c'est la justice qui s'en charge ou dans le deuxième point ce sera de voir comment il est difficile de concilier médiation et justice.

Alors, pourquoi le juge ne serait-il pas lui même le médiateur ? Le code de procédure civil prévoit que le juge doit rechercher la conciliation en tout domaine. Pourquoi le juge des affaires familiales ne prend pas plus de temps pour concilier les gens. Il est vrai qu'il y a un problème de temps. Je me rappelle quand j'étais juge aux affaires familiales, c'était quinze couples dans la matinée, il est absolument impossible de faire de la conciliation dans ces conditions. Après tout, on pourrait dire que de même que les juges des enfants ont depuis des années été formés au travail de psychothérapie, ce qu'on appelait à l'époque: "la dynamique de groupe". Il y a tout un travail qui est fait auprès des juges de enfants pour leur permettre d'appréhender mieux leurs fonctions. Cela commence aussi à se développer pour les juges aux affaires familiales.

On pourrait concevoir de donner aux juges plus de moyens en temps, c'est à dire qu'ils puissent moins charger les audiences, cela supposerait qu'il y ait bien sûr plus de magistrats, c'est un problème de moyens, et une formation qui serait tout à fait possible. C'est une piste de réflexion parce qu'après tout on s'aperçoit que les gens qui viennent même pour un divorce, acceptent parfois plus facilement certains compromis, quand c'est le juge qui leur propose, parce qu'ils savent qu'il dit le droit et en même temps il ne va pas les berner. On ne va pas favoriser l'un, et puis surtout il tiendra compte des droits de chacun.

Maintenant il y a aussi la médiation totalement hors justice. Les juges aux affaires familiales n'y sont pas du tout opposés. Pourquoi faudrait-il faire passer la médiation par la justice? Là elle est saisie uniquement par les gens et cela pose un problème de coût. Qui va hors justice saisir un médiateur ? Ce sont évidemment les couples qui auront les moyens de le faire puisqu'il n'y aura aucune prise en charge dans le système actuel tel qu'il est prévu en France.

Et puis, est-ce que cela ne va pas être "la loi du renard dans le poulailler", c'est à dire est-ce qu'il ne va pas y avoir un des deux conjoints qui va pas attirer son conjoint devant un médiateur, est-ce que s'il n'y a pas de contrôle du protocole d'accord qui sera élaboré, je crois que dans les pays comme dans les pays d'Amérique du Nord le protocole d'accord établi par les médiateurs vaut une véritable transaction et ne peut plus être remis en cause. J'ai entendu dire qu'il y avait une force exécutoire plus forte que chez nous. Dans notre cas, le protocole d'accord qui serait élaboré hors justice n'aurait aucune valeur et de toute façon permettrait un recours au juge en cas de contestation. Voilà ces deux pistes.

Maintenant, comment intégrer dans le prolongement de ce qu'à dit Sylvie MORHAIN, je voudrai voir à quel moment, comment concilier la médiation familiale avec le processus judiciaire.

Apparemment ce sont deux notions totalement antinomiques. Il faut bien se rendre compte que d'un côté on dit que la médiation - et j'y crois profondément -, doit être la volonté des parties alors que la justice, et bien il y a toujours une contrainte et on impose des décisions. D'un côté les parties peuvent librement disposer de leurs droits et de l'autre le juge comme l'a dit Monsieur LARDY "doit contrôler l'équilibre entre les parties c'est à dire que si un couple pourrait très bien s'arranger, moi je l'ai vu très souvent pour prendre par exemple un enfant chacun : "bon et bien toi tu prends la fille, moi je prends le garçon" Est-ce que c'est l'intérêt des enfants, est-ce que le juge, on le voit au niveau du contrôle dans les consentements mutuel, est-ce que tous les compromis sont bon pour les enfants.

Ensuite, il y a deux notions antinomiques, c'est d'un côté la confidentialité de la médiation alors que la justice a besoin de motiver ses décisions et que qui dit motivation, dit quand même des informations sur lesquelles s'appuyer pour donner par exemple la garde des enfants, la résidence principale à l'un ou à l'autre.

Vous voyez à priori, ce sont vraiment médiation et justice ne sont pas obligatoirement faites pour s'accorder.

Alors, à quel moment va s'insérer la médiation dans le processus judiciaire ?

Si c'est avant que le juge ne prenne une décision, avant que les choses ne soient encore cristallisées, les négociations préalables avant même que le juge décide, à ce moment là, est-ce qu'il faut la rendre obligatoire pour tous les cas qui seront présentés. C'est ce qui se fait comme l'a dit Madame MORHAIN dans les pays nordiques et en Angleterre. Ils ont prévu un entretien préalable, les gens sont convoqués obligatoirement à un entretien préalable dans tous les dossiers, mais ils ne sont pas obligés de s'y rendre, alors il y eu tout un débat paraît-il pour savoir si on allait du coup supprimer l'aide juridictionnelle aux gens qui ne se rendraient pas à cet entretien préalable, mais pour l'instant ils n'en sont pas encore là, mais c'est une piste sur laquelle les anglais ont réfléchis.

Ensuite, il y a des mesures urgentes à prendre, c'est ce qu'il faut voir quand il y a un couple qui est en train de se déchirer, vient voir le juge.

Alors, est-ce que la médiation va devoir s'insérer après ces mesures urgentes, mais dans ce cas il y a déjà eu un des conjoints qui a eu satisfaction et qui donc, ne va pas être du tout tenté de poursuivre une médiation. Par exemple, on lui a donné provisoirement la garde des enfants. On s'en est rendu compte dans les cas où on a organisé des médiations juste après les mesures prises par le juge de la conciliation. D'un autre côté, comme l'a dit Monsieur LARDY, le juge doit trancher, c'est ce que l'on attend du juge. Il m'est arrivé une ou deux fois de renvoyer les gens à la première conciliation et de leur dire, je me rappelle une fois d'une mère qui était arrivée avec sa valise à mon bureau et les enfants qui attendaient derrière la porte, et je lui disais "mais vous venez aujourd'hui prête à partir" et elle me disait "oui, j'attends votre décision pour partir de chez moi avec les enfants" et je lui ai dit "mais vous en avez parler avec votre mari avant ?" et elle me dit "et bien non, j'espérai que vous me donneriez les enfants dès aujourd'hui et je n'aurai pas à m'explique avec lui". Je lui ai dit "non, là ce n'est vraiment pas possible - je n'avais pas suffisamment de temps pour expliquer les choses aux gens -. Non, vous reviendrez dans un mois, je suis désolée, mais on ne peut pas prendre des décisions." Et, à ce moment là, j'ai proposé effectivement une médiation et elle a été obligée d'accepter, mais vous voyez toute la contrainte que finalement on fait reposer sur les gens quand la médiation est proposée par le juge et c'est inhérent même finalement au processus judiciaire puisqu'il faut trancher et il va falloir très rapidement organiser, être éclairé sur la façon dont le juge va trancher. D'où aussi la difficulté parce que le juge va vouloir le plus d'informations possibles alors qu'on l'a bien dit et redit : "la médiation repose sur le principe de confidentialité".

Vous voyez finalement que tout cela fait que ce n'est pas très facile encore à mettre en place.

Est-ce qu'il faudrait aussi la systématiser, la rendre obligatoire pour tous les dossiers ? Mais, comme vous l'a dit Madame MORHAIN : "il y a des cas où la médiation est totalement contre-indiquée". Est-ce que cela va être au juge à voir dans quel dossier il va insérer cette médiation ? La question, en fait la piste de réflexion que je propose, c'est : "est-ce que la médiation ne serait finalement peut-être pas plus utile pour accompagner les décisions de justice, c'est à dire pour une fois que le juge après avoir rassemblé des éléments, aurait tranché, est-ce que la médiation ne pourrait pas permettre, reprendre les gens après la décision du juge, leur expliquer, les aider à l'appliquer ?" C'est ce qui c'est fait un petit peu dans les points rencontre où le droit de visite a déjà été décidé par le juge et puis le Point rencontre est là pour essayer de remettre, d'aider à appliquer la décision et de faire évoluer la décision vers un droit de visite plus élargi, parce que là au moins les choses sont claires, la justice a tranché puis ensuite le médiateur peut jouer complètement son rôle qui est donc en dehors de toute décision à rendre, cela peut être intéressant, il me semble d'y réfléchir.

Je terminerai en disant simplement qu'il y a beaucoup de questions qui restent floues dans ce décret de 1996, par exemple l'habilitation des médiateurs, elle n'a pas été prévue, il n'y a aucun service, ni le Ministère de la Justice, ni les Tribunaux, il n'est pas prévu une habilitation. A ce sujet les rédacteurs du projet répondent que cela a été volontaire. Madame RIOMET qui est le magistrat de la Chancellerie répond, justement on lui pose le problème de l'accréditation des associations elle dit : "il n'est pas prévu que cela soit le Ministère de la Justice ou une instance judiciaire qui donne un agrément, vous êtes une association loi 1901, c'est par le travail que vous accomplissez les objectifs que vous donnez, que vous avez la possibilité d'être désigné par une juridiction".

Vous voyez que vraiment les médiateurs ne savent pas s'ils seront ou non désigné, il n'y a pas de même flou sur la professionnalisation puisque je vous ai lu tout à l'heure les propos sur les auteurs qui disent "surtout pas de professionnalisation trop rigide".

Sur le coup, il y a aussi un problème, parce que les gens qui ont l'aide juridictionnelle vont pouvoir bénéficier de la médiation, et les autres qui sont juste au plafond de niveau de ressources - par exemple c'est 7 000 francs je crois par mois pour ceux qui n'ont plus aucune aide - et bien cela, ils vont quand même devoir payer en plus de leur avocat des services qui coûtent relativement cher.

Vous voyez, il y a quand même beaucoup de questions qui restent en suspend.

Aldo MORRONE

Merci, Madame BARTOLOMEI.

Il y a des situations vraiment difficiles à trancher, mais vous avez été juge, donc vous avez l'habitude.

D'un côté tantôt vous avez dit "si le juge dans des mesures d'urgence - déjà cela peut démobiliser la participation d'un des deux partenaires -, puis cinq minutes plus tard vous vous portez vous même à dire mais peut-être que le médiateur pourrait agir seulement après le juge, comme par exemple au Point rencontre et se centrer sur autre chose puisque le jugement a déjà été rendu.

Il est vraiment difficile de centrer le rôle, la casquette, le temps d'agir. Si le juge aux affaires matrimoniales prenait un peu plus de temps d'ailleurs, ce serait déjà beaucoup mieux. A juger par le fait que tantôt cinq personnes voulaient déjà participer, cela va être excitant le retour, ne prenez pas plus que - on suggère dix, vingt minutes -, comme ça vous ne vous sentirez pas en situation d'échec.

A brûle-pourpoint, parce que je ne l'ai pas préparé, je vais demander à chacun de mes collègues ici à table, de dire en une courte phrase, style pas plus que douze mots, et je sais qui va souffrir le plus pour la trouver, une courte phrase, une pensée qui concerne la médiation et qui "encapsulerait"  ce que la personne a dit tantôt.

Vous commencez, tant qu'à provoquer, Monsieur LARDY.

Monsieur Martial LARDY

J'ai envie de reprendre quelque chose que j'ai déjà dit, de dire que la médiation est un entre-deux, qui a la particularité de se situer dans un conflit majeur avec des ramifications souvent profondes et très très délicates à manier et où la clé et que chacun tienne sa place.

Aldo MORRONE

Merci Monsieur LARDY ! Merci bien, c'est quand même magnifique. A ma gauche, Madame MORHAIN.

Sylvie MORHAIN

Je crois que ce qui est le plus important c'est une notion de prévention, prévention quant à la place du père, prévention quant à la place de la mère et prévention par rapport aux enfants surtout.

Aldo MORRONE

Merci. Madame DEVET

Madame DEVET

Je crois que pour moi la médiation s'inscrit maintenant dans le travail social, travail social qui à un certain moment a chercher à "déresponsabiliser" les gens et que les solutions ne peuvent émerger que de la reprise de responsabilité des parents et que ça, c'est l'intérêt de l'enfant.

Christine BARTOLOMEI

J'ai envie de reprendre une phrase qu'à dit Sylvie MORHAIN dans son exposé qui ma beaucoup plu qui est tirée du "démariage" de TERRY, c'est à dire qu'il met en garde contre l'opposition illusoire entre le rêve médiateur et le cauchemar judiciaire.

Madame VIALA

J'ai envie de dire qu'il est important de mettre en avant un petit peu la nature du problème posé. Définir le problème, et définir l'objectif dans la médiation en se donnant le moyen.

Aldo MORRONE

Merci. Je l'ai dit moi aussi et je réalise maintenant que je ne m'étais pas préparé moi non plus, pourtant j'aurai pu hein ! C'est un grand bonheur de voir des personnes stressées faire un petit sourire et prendre le temps de planifier leur vie quand leurs mains se touchent à la fin, pour se dire très timidement un partiel oui, on est d'accord, un partiel et temporaire oui, sachant que trois mois auparavant c'était non ! Cette magnifique entreprise.

Je vous passe la parole, il y a beaucoup de personnes.

Jaquelines s'il vous plaît, Jaquelines MORHAIN que j'ai l'honneur de connaître depuis dix ans parce qu'elle a fait un magnifique voyage au Canada qui nous a marqué puisque quand quelqu'un du Sud voyage, il marque les gens qu'il rencontre.

Jaquelines MORRET

Merci. Jaquelines MORRET, ancien avocat, ancien conseiller conjugal et familial, ancienne médiatrice et ancienne formatrice pour ne parler que du peu.

Pour répondre au jeu de la petite phrase, j'ai envie de donner la mienne : "la médiation familiale c'est un espace temps transitionnel de responsabilisation".

Tout d'abord, je voudrai dire merci à tous nos intervenants, parce que chacun, me semble-t'il dans sa spécificité à cause peut-être, à su donner de la médiation familiale quelque chose d'essentiellement humain et en même temps méthodique. Et, il me semble avoir entendu chez tous, une formule qui me paraît justifier, et la nécessité, et l'importance et la valeur de la médiation familiale, c'est la valeur d'entre-deux.

En médiation familiale, on est toujours dans l'entre-deux, entre-deux de sentiments, entre-deux de paroxysme, dans l'antinomie, dans le paradoxe, chez l'enfant, chez les parents, dans les situations, chez les médiateurs et dans la médiation. On est dans l'entre-deux. Les jeunes ne savent peut être pas ce que c'est qu'un entre-deux.

Un entre-deux, c'est un morceau de broderie, en général magnifiquement exécuté, en tout cas très finement exécuté, dont nos mères et nos grand-mère exécutaient en disant "cela servira toujours", et venait un jour effectivement où l'entre-deux servait parce que les fille grandissaient, et on mettaient les entre-deux et on allongeait les robes etc. Les garçons, ce n'était pas des robes, mais c'était autre chose, et on mettait aussi des entre-deux.

Et bien, cet entre-deux, non seulement il est constitué, mais en plus il permet une circulation et je crois que la médiation familiale permet cette circulation. La circulation de l'enfant entre le père et le mère, la circulation du couple conjugal au couple parental, la circulation des grands amours et des grandes haines comme je disais tout à l'heure et je ne vais pas plus loin.

Mais, cette circulation est extrêmement importante, parce que quand on fait un voyage, quand on va d'un endroit à un autre, même si on part tout seul et sans bagages, on part avec son esprit, son cœur et son corps qui ne nous appartiennent pas qu'à nous, qui viennent d'ailleurs et qui appartiennent aux autres.

Et, vous entendez les pères et les mères dire quand elle part et quand il part : "c'est comme si je mourrais", nous l'avons tellement entendu dire ça.

Alors, je voudrai simplement vous remercier pour avoir crée ce colloque et vous dire que aussi dans cet espace temps transitionnel qui nous permet de parler de la médiation et des médiateurs, qui vont-ils être, et qui sont-ils ?, quelle est la bonne distance que l'on va pouvoir chacun créer soi-même pour être utile ? Et bien, je trouve que cet espace temps transitionnel va nous permettre aussi non seulement de nous responsabiliser vis à vis de nous même et des autres, mais trouver peut-être d'autres définitions qui nous permettront d'aller plus loin.

Aldo MORRONE

On reconnaît la sagesse qui vient avec nos qualités et j'ose dire avec notre âge aussi.

Merci. Maintenant nous savons tous ce qu'est un "entre-deux" entre autres choses, et surtout parce que dans votre formation initiale, l'essence du médiateur est celle de valoriser la personne qui est devant soi, et vous avez bien su le dire quand vous parlez des exposés que l'on a ici.

Dans le contenu, il peut y avoir un débat et vous avez su donner le message important qui parlait de nos intérêts à nous tous: de porter en avant la médiation et de la faire croître.

Nous donnons la parole à "une grande de la médiation".

Pierrette AUFIERE
Avocate Toulouse

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Je voulais essayer de dire tellement de choses que je ne sais pas par où commencer. Je crois que je suis comme ces parents qui arrivent à la médiation. Je vais reprendre ce que vous disiez Jacqueline sur cette notion de l'entre-deux.

Je crois que je suis un entre-deux parce que je suis médiatrice familiale, mais d'origine avocat comme vous, mais moi je suis encore en vigueur.

Alors, je pensais à beaucoup de choses en vous écoutant tout à l'heure et c'est passionnant de voir toujours comme ces regards différents me font bouger dans mon propre regard. Je crois que c'est le fondamental de la médiation aussi. Cette façon de bouger, de changer, c'est ce que j'ai déjà dis hier.

Mon côté avocat étant très concret, cela me permet peut-être de faire de la médiation. Il ne faut pas oublier que la médiation a un côté très concret. Il existe des gens sur le terrain qui le diront mieux que moi.

Je pense que ce qui est intéressant aujourd'hui, c'est cette articulation. En tout cas, je voudrai apporter mon option sur cette articulation de la médiation et du droit, parce que l'articulation de la médiation et du droit présente à la fois :

- des antinomies,
- des paradoxes,
- et des jonctions.

Antinomies, pourquoi ?

Parce que l'on pourrait croire et que l'on sait que beaucoup de gens sont venus à la médiation parce qu'ils n'ont pas trouvé de réponses satisfaisantes dans une incommunicabilité entre les milieux judiciaires, les milieux professionnels de tout ordre qu'ils soient, qui tournent autour du droit.

Paradoxes, pas tant que ça.

Il ne faut pas croire que la loi sur la médiation qui est intervenue va créer une nouvelle sorte de médiation même si on peut en avoir une crainte.

A mon sentiment, la médiation existe sur le terrain en parallèle, en harmonie et en articulation avec le judiciaire dans la mesure où les personnes qui viennent à la médiation souhaitent que cela se termine dans ce milieu. J'essaie de poser ça en parlant de la médiation indépendante de la médiation judiciaire. La différence étant dans les articulations du décret qui font que dans un cas les parents vont chez leur médiateur, et dans l'autre cas ils vont demander à un magistrat de désigner ce médiateur par rapport à la procédure.

Ce qui nous emmène même à envisager que cette loi sur la médiation puisse avoir un effet préventif. Et, c'est en cela qu'elle peut être intéressante parce qu'à mon avis, on n'a pas besoin d'attendre qu'un litige soit présenté à un magistrat, puisque à ce moment-là, il peut désigner un médiateur pour que l'on puisse demander qu'une médiation existe.

C'est un des éléments que j'envisage dans un cadre procédural c'est à dire que des gens viennent demander simplement sous forme d'une requête quelconque à un magistrat, de désigner un médiateur avant qu'ils aient saisi le tribunal des causes de leur conflit, ce qui est antinomique avec la médiation parce que si l'on veut utiliser cette loi, cela voudrait dire que l'on est obligé de dire sur quoi on n'est pas d'accord pour avoir un médiateur, alors que la première chose à faire avec un médiateur c'est de chercher sur quoi on est d'accord ou pas.

Ceci étant la médiation s'articule avec le judiciaire aussi car elle peut avoir lieu avec beaucoup de souplesse, nous avons mené des expériences à Toulouse pendant ces dernières années où nous avions par exemple - j'ai parlé de l'information sur la médiation - nous envoyons aux gens qui recevaient ou qui engageaient une procédure, des documents où on leur disait que la médiation familiale était quelque chose qui existait.

C'était une information. Quand on avait des procédures nous suspendions avec l'accord des magistrats bien sûr la procédure pour éviter la difficulté que vous avez soulevé Madame, et sur laquelle je rejoins votre sentiment, votre analyse. C'est à dire que faire, lorsque l'on a des gens qui viennent devant un magistrat dont ils attendent qu'il rende une décision, et puis, qui sont très déçus si le magistrat ne rend pas de décision, et si on leur dit en même temps : "attendez on va vous proposer un autre mode proche de votre séparation".

Le magistrat dans ce cas peut être pris dans une difficulté, il peut avoir la sensation de ne pas répondre à une demande fondée. Lorsqu'il accepte un renvoi, lorsque les gens demandent ce report d'une décision, on peut mettre la médiation en place sans même que le décret ait existé, puisque tout ceci est une expérience que je vous ai retracé.

L'important au milieu de tout cela est de comprendre, je crois que la médiation - j'allais dire avec beaucoup d'utopie - c'est possible. C'est à dire, on a un espace où avec tout ce que vous avez pu en dire et certainement mieux que moi au niveau de l'approche personnalisée des gens, on a le possible. Ce possible là, je crois que notre rôle, quand on est de la partie juridique - que j'ai bien sûr comme première experience-, c'est de lui permettre d'exister dans ce domaine.

N'oublions pas une chose parce que l'on est toujours coincé dans les analyses du Code Civil qui sont le résultat de ce que les gens font lorsqu'ils ne s'entendent pas. Repartons en arrière comme le faisait Aldo hier en faisant son exposé à l'envers.

Le Code Civil au contraire, avec l'évolution de tout ce qui a pu se faire avec beaucoup de lenteur peut-être, c'est quand même quand vous lisez le texte, la possibilité pour les parents de se mettre d'accord et s'ils n'y arrivent pas, le juge est obligé à ce moment-là de trancher.

Quand on présente un accord à un magistrat - jusqu'à ce que j'en ai comme expérience - je ne pense pas qu'il s'amuse à les défaire, sauf à s'assurer de sa validité. Il ne va pas le contrecarrer. Ce n'est pas son rôle et surtout pas son idée.

Lorsque les gens viennent en médiation, tout ce que le juriste qui lui-même, est sensibilisé par ce travail de médiation, et qui sait ce qui s'est passé peut leur permettre de trouver dans la formulation juridique que ce possible soit possiblement vrai et réel.

Pour répondre à votre interrogation sur la confidentialité et sur également la validité des documents signés en médiation, ces fameux projets d'ententes, protocoles, etc., la confidentialité ne m'apparaît pas incompatible avec la désignation du médiateur judiciaire en tant que tel, ni même du médiateur puisque justement les deux questions sont liées.

Le médiateur aide les parents à rédiger un document s'ils le souhaitent, parce que ce n'est pas systématique. Evidemment ce document leur est remis.

La confidentialité en médiation veut dire que pour les gens qui rentrent là, on leur dit : "tout ce qui va se dire là entre vous, tout document qui va se montrer entre vous, tout ce qui va se parler ici, vous n'en sortirez rien".

D'ailleurs le décret confirme ceci puisque le décret dit simplement que le médiateur indique qu'il y a eu ou non un accord, et contrairement au conciliateur dans le même décret, ce n'est pas le médiateur qui dépose l'accord entre les mains du magistrat, ce sont les gens eux-mêmes, soit directement, soit avec leur avocat s'ils en ont un. C'est là où cette confidentialité reste préservée. On les aide à structurer un document s'ils le désirent, et ils en font ce qu'ils en veulent.

S'ils sont en médiation indépendante, ils l'amènent soit à un magistrat, à un notaire ou à un avocat.

S'ils sont en médiation judiciaire on sait que cela revient à une date pour que l'accord soit homologué, mais le document est remis aux gens et à personne d'autre. Il n'y a absolument pas de possibilité, ni même dans le décret, pour que le médiateur dépose un rapport, ou soit même interrogé à aucun moment par le magistrat. Cette confidentialité a même été préservé par le législateur. Quant à la nature de ce document il y aurait tant à dire que je ne vais pas dire du tout.

Sauf que je vais répondre à une question, c'est à dire que pour essayer de schématiser ce document à mon avis, peut contenir des tonnes d'innovations.

Et que la difficulté est justement son articulation avec le domaine juridique en tant que tel ou de savoir si comme vous le souleviez Madame, quand il peut être signé, certaines parties de son contenu peuvent être remises en question par le magistrat ou au contraire constituent ce que nous appelons en droit un contrat qui est tout à fait valable. Je crois qu'à ce niveau là il y a encore beaucoup à étudier et je suis en train d'ailleurs de finir d'écrire un livre sur cette partie.

Je pense que tout dépend de la nature des contenus, nous savons quand droit français, certaines matières sont toujours - même quand les gens sont d'accord -, soumises à la validation par le magistrat lorsqu'elles concernent l'état des personnes, les enfants, etc., et que certaines matières par contre peuvent constituer ce que l'on appelle dans notre jargon - mais que vous connaissez parce que vous l'avez certainement entendu une fois - des "sous seing-privé". Par exemple, si dans un accord de médiation il y a des accords concernant les enfants et des accords concernant les biens selon que le contrat sera signé ou non, les incidences peuvent être différentes.

Et enfin, je crois qu'il y a une chose que je voudrai dire pour finir, parce que je vais finir, c'est que pour moi la médiation, malgré la souffrance que les gens ont lorsqu'ils arrivent en médiation, malgré les difficultés, et bien j'ai trouvé les plus grandes joies professionnelles que je n'ai jamais retrouvées.

Aldo MORRONE

Merci Madame AUFIERE.

Parfois on rencontre aussi des gens disponibles comme des hommes et des femmes nouvellement divorcés, d'ailleurs un groupe de rencontre serait tout à fait approprié juste associé au service de la médiation.

C'est l'heure de donner maintenant le micro à un homme, pour qu'il puisse parler avec autant de passion que les deux premières femmes.

Un auditeur

D'abord je vous remercie de l'invitation qui a été offerte à l'association Parents-Enfants de Montpellier, et de me donner la parole dans un espace qui nous aura permis d'être un petit peu moins accéléré qu'hier et de tenir des propos plus réfléchis.

Je vais remercier les propos de Pierette AUFFIERE, que je connais depuis 1989. Je crois que nous avons fait un bout de chemin en tant que médiateur l'un et l'autre, chacun je dirais dans notre champ de vision, notre champ de compréhension, et on peut s'apercevoir qu'après beaucoup d'années les visions ne sont pas aussi écartées l'une de l'autre, et qu'il y a peut-être bien un croisement de sens, un croisement de point de vue.

Cela dit, nous ne sommes pas toujours d'accord sur tous les points. Mais ce n'est pas sur les divergences que je voudrais soulever le sujet, c'est sur les "questionnements" qui ont été posés tout à l'heure à la tribune.

Tout à l'heure Monsieur Martial avait parlé de confusion des rôles. Quant à ce danger de confusion des rôles, je pense qu'effectivement nous sommes dans une logique de crise, et peut-être même des risques forts d'impasse qui m'ont fait penser ce matin de bonne heure que nous n'étions pas sortis de soixante siècles d'esclavage ou d'esclavagisme.

Esclavage ou esclavagisme j'en donnerais pour trait simplement les désirs forts de la femme dans sa liberté d'expression, dans son droit de vote, dans sa volonté de travailler, dans le vouloir sortir d'un certain esclavage, auquel l'homme avait failli la soumettre peut-être pour la nuit des temps.

Sortir d'un esclavagisme qui est celui de l'homme par rapport à sa machine, l'homme par rapport à sa matière, l'homme par rapport à sa spécialité, mais là je vais aller très rapidement.

La médiation familiale ou la médiation au coeur des familles parce que c'est ainsi que dans notre association nous la vivons ou que nous la proposons. Elle est peut-être bien la recherche d'un espace qui permet l'expression de l'être humain et dans sa dimension très paradoxale la recherche de liberté. Elle s'exprime peut-être bien plus dans les périodes de crise que dans les périodes d'apaisement de vie tranquille, de conforts, etc.

Cette periode de crise qui est la periode de la famille a rencontré l'appareil judiciaire. Cet appareil est enchaîné à des règles de formes, à des obligations de procédures que tout le monde comprend très bien, et surtout des obligations de respect. Nous avons besoin d'une machine judiciaire, d'un appareil judiciaire, de magistrats qui sachent effectivement trancher qui soient très très autoritaires, qui soient à leur place, et qui sachent se faire respecter ce qui avait été dit par un Garde des Sceaux il n'y a pas très longtemps.

Ce problème de respect renvoie à la recherche de liberté, aussi le trouve t-on dans la famille. Donc, pratiquement tout le monde demande à la fois du respect, de la délicatesse.

C'est-là, que la confusion des rôles bat son plein, entre la médiation familiale parce que c'est peut-être bien le coeur de toutes les médiations comme quelqu'un l'avait dit un jour.

L'appareil judiciaire est là pour dire le droit, pour mettre les règles en place ou affirmer les règles existantes, mais discuter ne l'oublions pas par le peuple.

La médiation familiale a fait son chemin à partir de changement de lois qui ont quand même été je dirais "mises en poussière" par les différents avis que l'on peut avoir tout autour. La loi Malhuret de 1987, la loi sur l'élargissement de l'autorité parentale à tous les parents naturels quel que soit le statut matrimonial.

Je vais vous citer Madame Marie-Yvonne DAVID-JUGNOT, sociologue, qui travaille beaucoup sur la médiation et qui a dit ceci:

"La spécificité est l'avantage de la médiation familiale". C'est donc bien de traiter le problème de la séparation en considérant la famille qui se sépare comme un phénomène social total, avec toutes ces dimensions réelles.

Mais la démarche du médiateur n'est pas seulement d'analyser, elle est en même temps pragmatique ou relevant de l'action puisqu'elle vise à amener ceux qui se séparent à construire un accord qui définit les bases de l'après-séparation. Bases qui vont devenir le cadre des vies séparées avec les enfants. Cette construction d'un accord est contemporaine d'une reconstruction de même qui la rend possible.

Chacun n'est plus le même au début et à la fin de la médiation dans son rapport avec l'autre, dans la mesure où sa représentation de l'après-séparation a changé, et que les fantasmes ainsi que les peurs se sont atténuées. Mais pour que la médiation devienne le premier recours en cas de différend, il faudra sans doute le temps, toujours le temps que se mette en place un air de penser et de vivre où la recherche de dialogue a du prix. Cela va à l'encontre de l'individualisme forcené qui constitue une valeur dominante de notre société et alimente la logique du rapport de force où il s'agit d'avoir raison sur l'autre, voire de l'autre, plutôt que de préserver les liens de communautés à tous les niveaux.

Aldo MORRONE

Thank you. Vous pouvez être fière de vous. Vous venez de faire le bonheur parfait de Monsieur LARDY à tout point de vue.

Un auditeur

Juste quelques petites interrogations, ma collègue, puisque je suis aussi assistante sociale, expliquait qu'elle recevait des personnes souvent individuellement, donc ils venaient et après suivant le "matériel" qu'ils apportaient on les aiguillait vers tel ou tel type de prise en charge de leur demande. Je voudrais rattacher cela à ce que vous disiez Madame, tout à l'heure, et ce que vous disiez, vous Monsieur, vous parliez de risome je crois, c'est à dire d'enracinnement profond de ce qui surgissait lors de ces conflits. Alors là, je crois qu'il y a un problème et cela rejoint ce que vous disiez par rapport à la butée et à la portée de la médiation familiale.

Parce que à trop vouloir bien faire attention à ce que l'on va faire porter comme souffrance dans la médiation, et ce qui va relever au contraire d'une prise en charge individuelle, je crois que c'est important de le situer dans les limites, sinon on risque de faire porter sur ce que vous appellez le couple parental des souffrances qui n'ont pas été réglées, qui n'ont pas été détruites. C'est pour ça que je dirais entre parenthèses que parfois, il faut savoir détruire Carthage. Des souffrances qui n'ont pas été détruites et qui vont la faire porter aux enfants.

Cela rejoint les préocupations du service d'AMO sur justement la protection de l'enfance, je crois que bien cerner les portées, les limites, cela me semble important. C'est tout ce que je voulais dire.

Aldo MORRONE

Il est midi trente, j'ai le plaisir de mettre terme à la chose en attendant cet après-midi. J'aurais voulu donner le micro, puisque j'ai le pouvoir à certaines personnes calmes, qui ont un visage paisible, les cheveux gris, je ne sais pas. Voulez- vous ?

Je remercie les intervenants:

- Madame Christine BARTOLOMEI,
- Madame Jeannine VIALA,
- Madame Edith DEVET,

ainsi que les médiateurs :

- Monsieur Martial LARDY,
- Madame Sylvie MORHAIN.

Moi, je ne me remercie pas, j'ai eu un grand plaisir à être-là. Merci à vous, les intervenants et la passion qui vous caractérise.